La musique d'Amérique Latine est souvent associée à la fête, au
divertissement, à la danse, aux cérémonies païennes. Cette idée
stéréotypée est tellement ancrée dans certaines mentalités, que beaucoup
ont du mal à admettre que l'Amérique Latine ait pu produire des
compositeurs de talent dans le domaine de la musique dite "sérieuse".
Qui plus est, quand on évoque l'Amérique d'il y a quelques siècles, les
images qui viennent tout d'abord à l'esprit sont celles des conquistadors
assoiffés de pouvoir et de richesses, ou encore celles des Indiens tous
nus ou éventuellement vêtus de plumes, courant dans tous les sens pour
échapper à la mort ou à l'esclavage.
Il existe pourtant une autre histoire, plus digne et autrement
édifiante que celle-là: celle des Dominicains et des Jésuites qui ont
émigré dans le Nouveau Monde. Ils ont compris que s'ils voulaient
"pacifier" et convertir les Indiens, la force ne leur serait d'aucun
secours. C'est la musique qui les a aidés dans cette mission. Ils ont
importé des partitions des meilleurs compositeurs européens, leur ont
enseigné à chanter, à jouer sur des instruments européens, à construire
ces instruments et même à composer de la musique. C'est ainsi que les
archives des cathédrales se sont remplies peu à peu de partitions venues
d'Europe, et de partitions écrites par des compositeurs indigènes.
Et c'est cela qui fait la richesse de cette musique : les interprètes
et les compositeurs natifs ont ajouté à leur savoir importé du Vieux
Continent, l'esprit de leurs ancêtres et leurs états d'âme d'êtres
colonisés et vaincus, réduits à chanter leur désespoir au dieu des
vainqueurs.
Lors du stage d'été 2007, Alberto Paulin nous a présenté une initiation
à la musique ancienne d'Amérique Latine. Voici des notes relatives à sa présentation