Fernandez Hidalgo, considéré par Robert Stevenson comme le plus important compositeur d'Amérique du Sud au XVIème siècle, arriva à Bogotá en 1584, première date à laquelle on ait trace de son existence. En mai de cette année-là, il fut nommé par l'archevêque Luis Zapata, maître de chants au nouveau séminaire de San Luis, où, l'année suivante il obtint la charge de recteur. Par décret de l'archevêque Zapata, Fernandez Hidalgo dut disposer chaque jour de 4 à 6 séminaristes pour chanter les Offices à la Cathédrale, tâche qui se révéla si lourde que les séminaristes se mirent en grève le 20 janvier 1586 et abandonnèrent le séminaire. Pour cette raison, Fernandez Hidalgo se vit dans l'obligation de renoncer à sa charge et quelques mois plus tard abandonna la ville pour se diriger vers le Sud.
La présence de ce compositeur à Bogotá est attestée par un livre de choeur manuscrit de la Cathédrale qui contient plus de 20 oeuvres de sa main, les seules qui ont été préservées jusqu'ici car le reste de sa production se perdit dans des circonstances regrettables : à la fin de ses jours, alors qu'il était maître de chapelle à la cathédrale de Sucre, il voulut faire publier ses oeuvres en Europe. Mais ses compositions n'arrivèrent certainement jamais à destination ; c'est ainsi qu'a été perdu le travail de 30 années d'un des musiciens les plus illustres d'Amérique du Sud !
Le 12 janvier 1588 Gutierre Fernandez Hidalgo obtint 2 charges à Quito : celle de professeur du nouveau séminaire et celle de maître de chapelle de la cathédrale. Le chapitre ecclésiastique, pour rémunérer ses services conformément à son rang et à sa renommée, décida de lui attribuer un salaire pour chacune de ses charges, solution qui n'avait jamais été utilisée jusqu'à là et qui suscita la colère de quelques uns des chanoines et finalement le départ de Quito du musicien à la fin de 1588...
Finalement, dans la riche province de Chuquisaca, dans la ville de La Plata, aujourd'hui Sucre, Gutierre Fernandez Hidalgo trouva le lieu adéquat pour exercer comme maître de chapelle de la cathédrale, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1620. Vers 1600 Fernandez Hidalgo disposait seulement de 7 musiciens, dont le maître de chapelle et l'organiste pour interpréter la musique du culte, chiffre équivalent à celui des chapelles de Lima et Cuzco. Un siècle plus tard, un autre musicien voyageur qui termina ses jours à Charcas, Juan de Araujo, disposera de 50 instrumentistes et musiciens pour interpréter ses oeuvres.
Source : Academia musical de Indias (Samuel Claro, Antología de la música colonial en América del Sur, Santiago de Chile, 1972)