Le Canto General (2003)
Association Les Villains de Massy
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Vegetaciones


 
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Végétations

     

     


      A las tierras sin nombres y sin números
      bajaba el viento desde otros dominios,
      traía la lluvia hilos celestes,
      y el dios de los altares impregnados
      devolvía las flores y las vidas.

      En la fertilidad crecía el tiempo.

        El jacarandá elevaba espuma
        hecha de resplandores transmarinos,
        la araucaria de lanzas erizadas
        era la magnitud contra la nieve,
        el primordial árbol caoba
        desde su copa destilaba sangre,
        y al Sur de los alerces,
        el árbol trueno, el árbol rojo,
        el árbol de la espina, el árbol madre,
        el ceibo bermellón, el árbol caucho,
        eran volumen terrenal, sonido,
        eran territoriales existencias.

        Un nuevo aroma propagado
        llenaba, por los intersticios
        de la tierra, las respiraciones
        convertidas en humo y fragancia:
        el tabaco silvestre alzaba
        su rosal de aire imaginario.
        Como una lanza terminada en fuego
        apareció el maíz, y su estatura
        se desgranó y nació de nuevo,
        diseminó su harina, tuvo
        muertos bajo sus raíces,
        y luego, en su cuna, miró
        crecer los dioses vegetales.
        Arruga y extensión, diseminaba
        la semilla del viento
        sobre las plumas de la cordillera,
        espesa luz de germen y pezones,
        aurora ciega amamantada
        por los ungüentos terrenales
        de la implacable latitud lluviosa,
        de las cerradas noches manantiales,
        de las cisternas matutinas.
        Y aún en las llanuras
        como láminas del planeta ,
        bajo un fresco pueblo de estrellas,
        rey de la hierba, el ombú detenía
        el aire libre, el vuelo rumoroso
        y montaba la pampa sujetándola
        con su ramal de riendas y raíces.

      América arboleda,
      zarza salvaje entre los mares,
      de polo a polo balanceabas,
      tesoro verde, tu espesura.

      Germinaba la noche
      en ciudades de cáscaras sagradas,
      en sonoras maderas,
      extensas hojas que cubrían
      la piedra germinal, los nacimientos.
      Útero verde, americana
      sabana seminal, bodega espesa,
      una rama nació como una isla,
      una hoja fue forma de la espada,
      una flor fue relámpago y medusa,
      un racimo redondeó su resumen,
      una raíz descendió a las tinieblas.

      Aux terres sans noms et sans chiffres
      le vent d'autres domaines descendait,
      la pluie apportait des cordons célestes
      et le dieu des autels spongieux
      restituait les fleurs et les vies.

      Dans la fertilité le temps croissait

        Le jaracanda haussait une écume
        de chatoiements ultramarins,
        l'araucaria et ses lances hérissées
        était la majesté contre la neige,
        l'acajou primordial
        distillait du sang du haut de ses branches,
        et au Sud des mélèzes,
        l'arbre tonnerre, l'arbre rouge,
        l'arbre épineux, l'arbre matrice,
        le fromager vermillon, l'arbre à caoutchouc,
        étaient volume terrestre, étaient son,
        existences territoriales.

        Un nouveau parfum propagé
        emplissait, par les interstices
        de la terre, haleines et souffles
        mués en arôme et en fumée :
        le tabac sauvage dressait
        son rosier d'air imaginaire.
        Comme une lance à la pointe de feu
        le maïs apparut et sa stature
        s'égrena, il renaquit
        pour disséminer sa farine, il eut
        des morts sous ses racines,
        et puis, de son berceau, il regarda
        grandir les végétales déités.
        Ride, étendue : la graine
        du vent se dispersait
        sur les plumes des cordillères,
        lourde clarté de germe et mamelons,
        aurore aveugle qu'allaitaient
        les onguents terrestres
        de l'implacable latitude sous la pluie,
        des nuits obscures, sources vives,
        des citernes matutinales.
        Et dans les plaines, encore,
        lames de la planète,
        sous un frais peuplement d'étoiles,
        l'ombu, en roi de l'herbe, arrêtait l'air
        en liberté, le vol en son murmure,
        il montait la pampa et la domptait
        avec sa longe branchue, brides et racines.

      Amérique forestière,
      ronce sauvage entre les mers,
      d'un pôle à l'autre tu berçais
      ton trésor vert, tes frondaisons.

      La nuit germait
      en villes d'écorces sacrées,
      en bois sonores,
      en grandes feuilles qui couvraient
      la pierre germinale, les naissances.
      Utérus vert, savane
      américaine et séminale, cave épaisse,
      une branche naquit à l'image d'une île,
      une feuille emprunta la forme de l'épée,
      une fleur fut éclair et telle une méduse
      une grappe arrondit son résumé,
      une racine descendit vers les ténèbres.
      Traduction de Claude Couffon, avec son aimable autorisation

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Mise à jour 2007-08-14
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